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Extrait du journal L’Ouest-Eclair du 31 janvier 1940 page 5

 

QUIMPERLE


AU PAYS DE BRIZEUX

 

Nous venons d'effectuer, depuis quelques semaines, une petite randonnée à travers la contrée si pittoresque de l'arrondissement de Quimperlé. Laissant de côté le point de vue touristique, nous nous sommes attachés à faire connaître plutôt l'histoire des localités parcourues. Nous terminerons donc cette petite  promenade... par un léger arrêt au pays immortalisé par notre grand poète Auguste Brizeux qui, bien que né en la ville voisine de Lorient a vécu de longues années dans diverses paroisses de notre région, telles que Quimperlé, Scaër et Arzano.

 

Le bourg d'Arzano, accroché à l'est aux côteaux qui surplombent le Scorff est arrosé à l’ouest par l'Ellé aux rives magnifiques, l'église paroissiale, véritable joyau du XVIIème siècle, représente une croix latine. C'est là, que Brizeux, élève de l'abbé Le Nir « balançait l'encensoir ».

 

Au Moyen-Age, Arzano, qui dépendait du diocèse de Vannes, possédait d'importantes seigneuries, telle celle de la Rochemaison, vendue vers le milieu du XVIème siècle au Sire de Guéméné, de la Maison de Rohan ; le château du Laz, occupé de nos jours par la famille Guyonvarc'h et enfin celui de Kerlarec, en bordure de la route de Quimperlé, propriété de M. le baron de Lépinau.

 

Durant la grande Révolution Française, le pays coupé de bois, de fossés et de rivières, fut longtemps le refuge des Chouans, accourus des paroisses voisines de Plouay, de Lignol, de Berné, de Guilligomarch, de Querrien, voire de plus loin encore des confins de Scaër, de Melgven et de Fouesnant.

 

Dans la nuit du ler frimaire, an III, le recteur constitutionnel de Guilligomarch fut assassiné. Ce fut le point de départ de la lutte à outrance entre les armées de la République et les troupes de Georges Cadoudal. Tout le pays se prêtait à toutes sortes d'embûches et d'embuscades. L'histoire raconte qu'entre Plouay et Arzano, en bordure du Scorff, un combat sanglant s'engagea entre les deux troupes en présence. Les Bleus, bien supérieurs en nombre furent littéralement écrasés, mais des renforts leur étant parvenus de Quimperlé, les Chouans à leur tour durent s'enfuir dans la direction du Faouët.

 

C'est vers 1820 qu'Auguste Brizeux, notre futur grand poète lorientais, fut confié par ses parents à un professeur du vieux collège de Quimper qui, avait été envoyé en disgrâce à Arzano, la plus petite cure du diocèse, parce qu’il avait prêté le serment constitutionnel. Ce brave prêtre avait sa mère et trois soeurs à soutenir et il institua une vrai pensionnat dans son presbytère (bâtiment qui se trouve de nos jours derrière le bureau des Postes et qui est occupé par quelques familles nécessiteuses de la paroisse, auxquelles M. Guyonvarc'h, propriétaire au Laz, a offert gracieusement ou presque, cet asile.

 

Ils étaient là une douzaine d'enfants, les uns pensionnés, les autres externes, rentrant le soir dans les fermes. Auguste Brizeux, dont les parents habitaient la ville voisine de Lorient était l'un des internes. C'est là qu'il connut René Guillard qui n'était autre que le jeune enfant abandonné, dans les circonstances que nous avons relatées ces temps derniers à l'Hôpital de Quimperlé par les officiers de la suite du Tsar Paul 1er de Russie, lors du passage du souverain en Bretagne. C'est de là que date l'amitié de ces deux bons camarades et dans ses poésies Brizeux rappelle constamment les noms des condisciples qu'il avait connus à Arzano et qui tous avaient conservé entr’eux les relations les plus cordiales.

 

L'abbé Le Nir, conduisait ses élèves jusqu'à la quatrième : ensuite ceux qui voulaient continuer leurs études entraient dans des établissements secondaires de Quimper ou de Lorient.

 

C'est là que Brizeux passa toute sa jeunesse, sous la férule sévère  mais très juste de son vieux professeur et qu'il connut cette jeune fille dont le nom suave et la figure chaste embaument ses écrits. Marie-Renée Pellan fut la compagne de catéchisme du grand poète dont il fit sa Béatrice ici bas. Elle était plus âgée de trois ans, nous dit l'annuaire illustré de notre excellent ami Léon Le Berre, rédacteur à L’Ouest-Eclair

et sans doute « cette grappe du Scorff, cette fleur de blé noir » ne prêta guère d'attention à l'amoureux transi et sans regret épouse Thomas Bardouil, de Kerulvé, village ou Marie mourut le 20 mai 1864.

 

A proximité de la ferme du Moustoir, où naquit Marie-Renée Pellan, à quelques pas du pont Kerlo qui surplombe le Scorff, limite du Morbihan, a été érigé en 1909 un monument, haute stèle pyramidale de granit, sur la face de laquelle est incrusté un médaillon en bronze, oeuvre du sculpteur Nayel ; au-dessus, l'Hermine de Bretagne et au-dessous « A. Brizeux, 1803-1858 ».

 

Au mois de mai 1925, un pèlerinage fut organisé par les admirateurs du grand poète national. A cette occasion, M. Pierre Massé lut un sonnet qu'il composa et dont l'inspiration simple a été vivement goûtée. Nous en extrayons ce dernier passage :

«  Les ans ont délabré les murs du presbytère

Mais j'ai pu voir l'église où ta voix jeune et claire

Le dimanche, chantait les louanges de Dieu

Et je t'imaginais, par les sentes fleuries

Courant vers le Moustoir et, partout en ces lieux

Je voyais ton image et celle de Marie. »

Mairie de Guilligomarc'h, 2 Place de l'Eglise, 29300 Guilligomarc'h, Téléphone : 02.98.71.72.86
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